Étude · Crypto · Europe

Investissement crypto : la France, lanterne rouge d'Europe

Comparaison du taux d'investissement en cryptoactifs des particuliers dans les 27 États de l'Union européenne. Avec 5 % d'investisseurs déclarés, la France affiche le taux le plus faible de l'Union, loin derrière la Slovénie (18 %), la Croatie (16 %) ou le Luxembourg (14 %), et sous la moyenne de l'Union (8 %). Les Français placent environ quatre fois plus dans les produits d'investissement classiques que dans la crypto. Depuis cette enquête de référence, l'adoption a progressé : les estimations 2024 situent la France autour de 9 % de détenteurs, un quasi-doublement en deux ans, mais le pays reste ancré dans le bas du classement européen.

M Cartographie interactive

L'Europe de la crypto, pays par pays

Survolez un pays pour voir son taux d'investissement en cryptoactifs en aperçu. Cliquez pour épingler le détail dans le panneau de droite. Les 27 États de l'Union sont couverts, le reste du continent apparaît en gris neutre.

  • Forte adoption — 13 % et plus (Slovénie, Croatie, Luxembourg, Chypre, Bulgarie)
  • Adoption moyenne — 8 à 12 % (moyenne de l'Union : 8 %)
  • Faible adoption — 7 % et moins (France 5 %, Italie et Allemagne 6 %, Belgique 7 %)
  • Hors Union — pays non couverts par l'Eurobaromètre (Royaume-Uni, Suisse, Norvège…)

Les cinq chiffres à retenir

Synthèse de la dernière comparaison harmonisée à l'échelle des 27 États membres (Flash Eurobaromètre 509, terrain Ipsos, mai-juin 2022), mise en perspective avec les estimations d'adoption 2024. Chaque chiffre renvoie à un cas détaillé dans le tableau ci-dessous.

  1. 5 % des particuliers français déclarent avoir investi en cryptoactifs, le taux le plus faible des 27 États de l'Union
  2. 18 % en Slovénie, championne européenne, soit plus de trois fois le taux français
  3. 8 % moyenne de l'Union à 27 : la France se situe trois points en dessous
  4. les Français placent environ quatre fois plus en produits classiques (22 %) qu'en cryptoactifs (5 %)
  5. 9 % taux de détenteurs français estimé en 2024 (Statista, Triple A), en hausse mais toujours dans le bas du classement

Taux d'investissement crypto par pays

Part des particuliers (15 ans et plus) déclarant avoir investi en cryptoactifs, dans chacun des 27 États membres. La colonne « Produits classiques » donne la part déclarant avoir investi dans des produits d'investissement traditionnels (actions, fonds, obligations). L'« Écart » est la différence en points entre les deux : un écart négatif signale un pays qui place davantage dans les produits classiques que dans la crypto. Moyenne de l'Union : 8 % en crypto, 26 % en produits classiques. Données Flash Eurobaromètre 509, terrain mai-juin 2022.

Pays Produits classiques Crypto Écart
Slovénie 22 % 18 % -4 pts · championne européenne
Croatie 17 % 16 % -1 pt · crypto presque à parité
Luxembourg 36 % 14 % -22 pts
Chypre 10 % 13 % +3 pts · seul écart positif de l'Union
Bulgarie 13 % 13 % 0 pt · parité parfaite
Pays-Bas 19 % 12 % -7 pts
Estonie 30 % 12 % -18 pts
Portugal 23 % 12 % -11 pts
Tchéquie 24 % 12 % -12 pts
Slovaquie 25 % 12 % -13 pts
Autriche 32 % 12 % -20 pts
Lituanie 14 % 11 % -3 pts
Irlande 21 % 11 % -10 pts
Grèce 11 % 10 % -1 pt
Malte 37 % 10 % -27 pts
Suède 60 % 10 % -50 pts · écart le plus large de l'Union
Finlande 42 % 9 % -33 pts
Lettonie 11 % 8 % -3 pts
Roumanie 12 % 8 % -4 pts
Pologne 15 % 8 % -7 pts
Hongrie 19 % 8 % -11 pts
Espagne 27 % 8 % -19 pts
Danemark 36 % 8 % -28 pts
Belgique 32 % 7 % -25 pts
Italie 31 % 6 % -25 pts
Allemagne 33 % 6 % -27 pts
France 22 % 5 % -17 pts · taux crypto le plus faible de l'Union

Top 5 — Les plus réfractaires

Plus faible taux d'investissement en cryptoactifs

  1. 1 France 5 %
  2. 2 Italie 6 %
  3. 3 Allemagne 6 %
  4. 4 Belgique 7 %
  5. 5 Six pays à 8 % * 8 %

Top 5 — Les plus adeptes

Plus fort taux d'investissement en cryptoactifs

  1. 1 Slovénie 18 %
  2. 2 Croatie 16 %
  3. 3 Luxembourg 14 %
  4. 4 Chypre 13 %
  5. 5 Bulgarie 13 %

* Six pays se partagent la cinquième place à 8 % : Espagne, Pologne, Hongrie, Roumanie, Lettonie et Danemark. Italie et Allemagne sont à égalité à 6 %, Chypre et Bulgarie à 13 %.
Taux issus du Flash Eurobaromètre 509 (terrain mai-juin 2022), dernière vague harmonisée couvrant les 27 États membres. Les estimations 2024 (Statista, Triple A) situent la France autour de 9 % : l'écart avec la moyenne se resserre, mais le classement relatif reste stable.

A Focus France

Pourquoi la France investit si peu en crypto

Dans la dernière enquête harmonisée à l'échelle des 27, la France ressort bonne dernière : 5 % de particuliers ayant investi en cryptoactifs, contre une moyenne de l'Union à 8 % et un sommet slovène à 18 %. Le constat n'est pas isolé à la crypto. La France investit aussi modestement dans les produits classiques (22 %, sous la moyenne de 26 %), mais c'est sur la crypto que le retard est le plus net en valeur relative.

La cause tient pour partie à la structure de l'épargne française. L'effort d'épargne des ménages se concentre sur des supports réglementés et fiscalement avantagés (Livret A, LDDS, assurance-vie en euros), perçus comme sûrs et liquides. Le rapport est éloquent : pour 1 euro orienté vers les cryptoactifs, le particulier français en place environ 4 vers les produits d'investissement classiques (22 % contre 5 %). Cette préférence pour le capital garanti laisse peu de place aux actifs volatils.

Évolution depuis l'enquête. Le tableau de 2022 ne fige pas une fatalité. Les estimations 2024 (Statista Consumer Insights, Triple A) situent la France autour de 9 % de détenteurs de cryptoactifs, soit près de 5,9 millions de personnes et un quasi-doublement en deux ans. La dynamique est réelle, portée par une accessibilité accrue et par l'entrée en application complète du règlement MiCA en décembre 2024, qui a harmonisé l'encadrement des plateformes au niveau européen. Mais la France part de loin : même à 9 %, elle reste dans le tiers inférieur du classement.

Ce que cela dit pour un particulier en France. L'accès à la crypto n'a jamais été aussi simple, via des plateformes enregistrées comme PSAN auprès de l'AMF et des courtiers proposant désormais l'achat de cryptoactifs aux côtés des actions et des ETF. La prudence collective n'interdit pas la diversification individuelle, à condition de la dimensionner : les cryptoactifs restent un placement à fort risque de perte en capital, à n'envisager qu'en complément d'une épargne de précaution déjà constituée.

B Méthodologie

Comment cette étude a été construite

Périmètre
27 États membres de l'Union européenne. Cas étudié : particuliers âgés de 15 ans et plus, interrogés sur le fait d'avoir investi en cryptoactifs et, séparément, dans des produits d'investissement classiques (actions, fonds, obligations) au cours des trois dernières années.
Données
Commission européenne, Flash Eurobaromètre 509 « Retail financial services and products ». Terrain réalisé par Ipsos European Public Affairs du 30 mai au 14 juin 2022, sur 27 862 entretiens couvrant les 27 États membres. C'est la dernière vague harmonisée permettant une comparaison directe entre pays. Mise en perspective avec les estimations d'adoption 2024 issues de Statista Consumer Insights et de Triple A.
Période
Données d'enquête figées à la vague de mai-juin 2022 (publication octobre 2022). La mise en perspective 2024 sert à donner la tendance, pas à reclasser les pays : les deux sources reposant sur des méthodes différentes, leurs niveaux ne sont pas strictement comparables.
Limites assumées
Données déclaratives : elles mesurent ce que les personnes interrogées disent avoir fait, avec les biais d'auto-déclaration habituels. « Avoir investi en cryptoactifs » n'équivaut pas à « en détenir aujourd'hui ». L'écart de méthode entre l'Eurobaromètre (2022) et Statista / Triple A (2024) impose de lire le rapprochement comme une tendance et non comme une mesure de niveau. Cette étude n'est pas un conseil en investissement : les cryptoactifs présentent un risque élevé de perte en capital.

Sources

  1. Commission européenne — Flash Eurobaromètre 509 « Retail financial services and products », terrain Ipsos European Public Affairs du 30 mai au 14 juin 2022 (27 862 entretiens, 27 États membres), publié en octobre 2022.
  2. Statista Consumer Insights — taux de détention de cryptoactifs par pays, vagues 2023-2024.
  3. Triple A — estimations mondiales de l'adoption des cryptoactifs, données 2024 (environ 5,9 millions de détenteurs en France).
  4. Autorité des marchés financiers (AMF) — encadrement des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) et baromètres de l'épargne des Français, pour le contexte national.
  5. Union européenne — Règlement (UE) 2023/1114 (MiCA), pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024, pour le contexte d'harmonisation de l'encadrement des plateformes.