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Un NFT (jeton non fongible) intrigue autant qu’il inquiète : contrairement au Bitcoin ou à l’Ether, chaque NFT est unique et non interchangeable. En Suisse, aucune loi ne porte spécifiquement son nom : c’est la FINMA qui, au cas par cas, détermine si un NFT relève ou non de la régulation financière. Ce guide explique ce cadre, ce qui protège réellement votre argent (et ce qui ne le protège pas), et comment s’exposer à cet actif avec méthode.
Qu’est-ce qu’un NFT, concrètement
Un NFT est un enregistrement inscrit sur une blockchain, le plus souvent Ethereum, qui certifie qu’une adresse détient un actif numérique donné. La différence avec le Bitcoin ou l’Ether tient à la fongibilité : un franc suisse en vaut un autre, un Bitcoin en vaut un autre, mais chaque NFT porte un identifiant unique qui le distingue de tous les autres, même au sein d’une même collection.
Le jeton lui-même ne contient généralement pas le fichier (image, vidéo, objet de jeu) qu’il représente : il pointe vers ce fichier, stocké ailleurs, souvent sur un serveur classique ou un système de stockage décentralisé. Posséder un NFT, c’est posséder l’enregistrement de propriété inscrit sur la blockchain, pas nécessairement un droit d’auteur sur l’œuvre qu’il représente. Cette nuance, souvent ignorée par les acheteurs, a son importance juridique.
Ne pas confondre
Cryptomonnaie (ETH, BTC)
- Fongible : une unité vaut n'importe quelle autre unité identique
- Sert de moyen d'échange ou de réserve de valeur
- Se négocie sur les plateformes crypto classiques
NFT
- Non fongible : chaque jeton est unique et non interchangeable
- Certifie la propriété d'un actif numérique précis
- Se négocie sur des marketplaces spécialisées, en Ether la plupart du temps
Comment la FINMA traite les NFT
La FINMA n’a pas publié de circulaire dédiée aux NFT. Elle applique sa grille de qualification des jetons, construite à l’origine pour les ICO, en retenant la fonction économique réelle du jeton plutôt que son étiquette commerciale : c’est le principe « substance over form », mêmes risques, mêmes règles.
Trois catégories servent de grille de lecture :
- Jeton de paiement : conçu pour servir de moyen d’échange. Un NFT, par construction non standardisé et non fait pour circuler en masse comme moyen de paiement, ne rentre en principe pas dans cette case, et n’est donc pas soumis, en tant que tel, à la loi sur le blanchiment d’argent du seul fait d’être un NFT.
- Jeton d’utilité : donne accès à une application ou un service numérique. Un NFT qui débloque l’accès à un jeu, un événement ou une communauté peut être qualifié ainsi.
- Jeton de valeur mobilière : représente une créance ou une part de type actionnarial. Un NFT qui matérialise une fraction de propriété d’une entreprise ou d’un actif financier peut, malgré sa non-fongibilité technique, être requalifié en valeur mobilière si c’est sa fonction réelle.
Autre conséquence directe de cette absence de statut financier dédié : les marketplaces NFT (OpenSea, Blur, Magic Eden et consorts) ne sont, à ce jour, ni des banques suisses, ni des intermédiaires financiers soumis à la surveillance directe de la FINMA. Vous transigez sur des plateformes qui échappent au périmètre bancaire suisse, un point à garder en tête avant d’y déposer des fonds.
Ce que la garantie esisuisse ne couvre pas
En Suisse, l’argent déposé sur un compte bancaire est protégé par esisuisse, la garantie des dépôts qui couvre jusqu’à CHF 100’000 par client et par banque en cas de faillite de l’établissement. C’est une protection réelle et solide, mais elle a un périmètre précis : elle ne s’applique qu’aux dépôts en espèces auprès d’une banque suisse.
Le marché des NFT présente par ailleurs des risques spécifiques à connaître avant tout achat :
- Volatilité et illiquidité : la valeur d’un NFT dépend entièrement de la demande pour cette collection précise. Contrairement à une action ou à une grande cryptomonnaie, il peut n’y avoir aucun acheteur au moment où vous voulez revendre.
- Risque de fraude : faux projets, collections copiées, contrats intelligents malveillants qui vident un wallet lors d’une signature. La vérification de l’authenticité d’une collection et du contrat sous-jacent demande une vigilance technique réelle.
- Dépendance au stockage externe : si le fichier représenté par le NFT est hébergé sur un serveur classique et que ce serveur disparaît, le jeton peut ne plus pointer vers rien de consultable, même si l’enregistrement blockchain subsiste.
- Absence de droits automatiques : posséder un NFT ne donne pas nécessairement de droit d’auteur sur l’œuvre représentée, sauf mention contractuelle explicite du projet.
Comment s’exposer aux NFT depuis la Suisse
Aucun des brokers suisses régulés par la FINMA ne vend directement des NFT depuis notre comparatif. La voie pratique passe par deux étapes distinctes : acquérir de l’Ether (la cryptomonnaie qui sert de base à la quasi-totalité des transactions NFT), puis l’utiliser sur une marketplace spécialisée via un wallet compatible.
Pour la première étape, un courtier qui propose l’achat de cryptomonnaies en propre (et non en CFD, qui ne convient pas à cet usage puisqu’il ne donne aucune détention réelle) est nécessaire. C’est le cas d’eToro, qui permet d’acheter de l’Ether en direct dans un cadre régulé, avant de le transférer vers un wallet personnel pour transiger sur une marketplace NFT.
Une fois l’Ether transféré sur un wallet personnel (MetaMask est le plus répandu), l’achat se fait directement sur la marketplace de votre choix, en dehors du cadre du courtier suisse régulé. C’est à ce stade que la vigilance décrite plus haut, vérification du contrat, de la collection et de l’authenticité du vendeur, prend tout son sens : vous sortez du périmètre surveillé par la FINMA.
Conserver ses NFT en sécurité
Un NFT reste rattaché à l’adresse du wallet qui le détient. Perdre l’accès à ce wallet, que ce soit par perte de la phrase de récupération ou par piratage, revient à perdre définitivement le NFT : il n’existe aucun service de recouvrement centralisé, ni en Suisse ni ailleurs.
Wallet matériel
Les clés privées ne quittent jamais l'appareil physique, même lors d'une signature de transaction. La conservation la plus sûre pour une collection dont la valeur cumulée compte réellement.
Wallet logiciel
Pratique au quotidien pour transiger sur les marketplaces, mais les clés résident sur un appareil connecté à internet. Convient pour de petits montants ou une activité fréquente.
Pour aller plus loin